Pr Alain DIDIER

Publication Commentée

Une nouvelle allergie au menu

Bansal CJ, Bansal AS. A very rare case of allergy to beluga caviar. Allergol Int 2019; 68(3): 375-6.
Lefèvre S, Moumane L, Jacquenet S, Beaudouin E. Anaphylaxis to Beluga caviar. Asian Pac J Allergy Immunol 2019.
Cosme J, Spínola-Santos A, Bartolomé B, et al. Salmon Roe as an Emerging Allergen in Western Countries. J Investig Allergol Clin Immunol 2019; 29(2): 139-41.

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Le contexte

Traditionnel ? Digne d’un restaurant étoilé ? Bien avant le début des festivités, l’élaboration du repas de Noël, autour duquel la famille va se rassembler, est un évènement majeur.

Les œufs de poissons sont de plus en plus consommés pendant les fêtes, qu’ils soient de saumon, de truite ou de cabillaud. À noter d’ailleurs à ce sujet que seuls les œufs d’esturgeons bénéficient de l’appellation « caviar ».

Bémol concernant leur consommation, ces petites perles colorées peuvent être à l’origine de nombreuses réactions allergiques.

Pr Alain DIDIER

Pneumologue Allergologue (CHU Toulouse)

Leur utilisation gustative ou décorative doit alors se faire avec parcimonie. Les trois articles ci-dessous présentent les différentes manifestations allergiques associées à la consommation de caviar ou d’œufs de poissons ainsi que les connaissances actuelles sur le mécanisme physiopathologique impliqué.

Les données

Le 1er cas1 concerne une patiente de 48 ans, qui suite à un repas composé de 2 types de caviar, foie gras, œufs de caille, blinis et champagne, s’est plainte de picotements et de démangeaisons au niveau des oreilles avec une sensation de brûlure au visage, des nausées suivis d’un évanouissement. La patiente a également présenté un œdème facial ainsi qu’une légère sensation de constriction de la gorge ayant altéré sa voix pendant quelques heures. Un traitement par antihistaminique oral a entraîné une diminution progressive des symptômes en 2h. L’interrogatoire clinique a retrouvé des antécédents de rhume des foins, sans autre forme d’allergie. Les tests cutanés se sont révélés positifs pour le caviar (papule de 11 mm pour le caviar Oscietra et de 5 à 6 mm pour le caviar Impérial) et négatifs pour le foie gras, les œufs de caille, de saumon et de hareng. Le bilan sanguin réalisé était normal, tout comme le dosage du complément C4 à 0,28 g/L et la tryptase mastocytaire à 3,1 µg/L.

Le 2e cas2 concerne un homme de 59 ans, sans antécédent d’allergies, accoutumé à consommer du caviar lors du repas de Noël et qui a présenté après avoir dégusté une cuillère à café de caviar Beluga, une réaction anaphylactique sévère accompagnée d’une hypotension (60/40 mmHg) et d’une dyspnée.  Une injection d’épinéphrine en intramusculaire juste avant son hospitalisation a permis l’amélioration des symptômes. Le dosage de la tryptase, réalisé 1h après le début des symptômes, a mis en évidence une élévation à 16,8 µg/L de co-tryptase. La tryptase basale, mesurée 24h après la réaction, était quant à elle de 5,6 µg/L. Des tests cutanés ont également été réalisés et seul celui relatif au caviar Beluga s’est révélé positif, avec l’apparition d’une papule de 15 mm.

Enfin, le dernier cas3 concerne un jeune homme de 26 ans, aux antécédents d’asthme et de rhinite allergique, admis aux urgences suite à l’apparition de dyspnée, rhinorrhée, prurit oculaire, épigastralgies et nausées. Ces symptômes sont apparus quelques minutes après l’ingestion de sushis faits de riz, saumon, œufs de saumon, wasabi, soja et gingembre et ont nécessité l’administration d’épinéphrine en IM, de corticoïdes en IV et d’antihistaminiques per os. Les cuti-tests se sont révélés positifs pour les œufs de saumon, et négatifs pour les œufs de poule, le saumon, le gingembre, le caviar, les œufs de poisson volant et de sabre noir. Ce résultat a été confirmé par le bilan sanguin, qui a détecté des IgE spécifiques uniquement pour les extraits d’œufs de saumon (0,28 kUA/L).

Diverses études ont permis d’identifier la vitellogénine comme étant le principal allergène des œufs de poissons. Cette protéine est synthétisée par le foie puis transportée par la circulation sanguine jusqu’aux ovocytes. Une fois stockée dans les ovocytes, elle est dégradée en 3 protéines : la lipovitelline (21 kDa), la phosvitine (35 kDa) et le composant β’ (18 kDa). Ces protéines ont d’ailleurs été mises en évidence lors d’analyses complémentaires réalisées dans le cadre de la prise en charge des tableaux cliniques présentés ci-dessus.

Les analyses par SDS-PAGE et immuno-empreinte ont ainsi détecté, dans le sérum des patients, une protéine de 20 kDa identifiée comme étant la lipovitelline, allergène présent à la fois dans les œufs de saumon et le caviar Beluga. Une protéine de 26 kDa a également été identifiée ; toutefois, cette dernière ne semble pas correspondre aux protéines mentionnées précédemment. De nouvelles analyses sont attendues afin de préciser l’implication de cette nouvelle protéine dans la survenue de réaction allergique au caviar3.

Ce qu’il faut retenir

Les œufs de poissons sont une cause extrêmement rare d’allergie et bien que leur consommation a augmenté ces dernières années, peu de données ont été publiées à ce sujet. La rareté de l’allergie au caviar peut être liée à la consommation peu fréquente de ce met délicat. Plus généralement, la faible consommation d’œufs de poissons peut expliquer la faible prévalence de cette allergie par rapport à l’allergie aux poissons. Des études complémentaires sont donc à mener afin d’améliorer la compréhension des mécanismes mis en jeu.

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