Pr Pascal DEMOLY

Publication Commentée

Rôle des médicaments dans la survenue de l’urticaire chronique

Sánchez J, Sánchez A, Cardona R. Prevalence of Drugs as Triggers of Exacerbations in Chronic Urticaria. J Investig Allergol Clin Immunol 2019; 29(2): 112-7.

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Le contexte

L’urticaire est une affection cutanée courante. La forme chronique touche près de 1 % de la population générale et impacte de façon significative la qualité de vie des personnes concernées.

L’urticaire chronique spontanée (UCS) peut survenir à tout moment. Certains patients associent donc fréquemment l’alimentation, la prise de médicaments ou la réalisation de certaines activités comme facteurs déclenchants. Ils prennent alors l’initiative, sans réelle information médicale, de modifier leur comportement, leurs habitudes pour éviter ces potentiels agents causaux.

Si les médicaments peuvent être impliqués dans l’urticaire aiguë, leur rôle dans les formes chroniques n’est pas encore défini et a priori minime. La mise en place de mesures d’éviction à la discrétion du patient peut donc compliquer sa prise en charge.

Pr Pascal DEMOLY

Pneumologue Allergologue (CHU Montpellier)

Plusieurs études ont à ce titre évalué la fréquence à laquelle les facteurs identifiés comme déclencheurs par le patient sont réellement associés à leurs symptômes. Ainsi, une étude récente a démontré que la prévalence de l’urticaire auto-déclarée par les patients était de 75 %, alors que seuls 36 % des tests de provocation se sont révélés positifs. Ces chiffres suggèrent donc que l’auto-déclaration n’est pas suffisante pour déterminer une réaction à un médicament. Notons également que seul le rôle des anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) a été évalué et qu’il manque à l’heure actuelle des informations concernant les autres classes de médicaments.

Cette étude a donc pour objectif d’estimer l’impact clinique des médicaments dans le déclenchement de l’UCS, en tenant compte de l’auto-déclaration par le patient et du test de provocation.

Les données

Une étude prospective multicentrique a été menée chez 245 patients UCS et 127 sujets sains.

Dans un 1er temps, les 2 groupes ont été interrogés sur les effets indésirables (EI) liés aux médicaments. Puis dans un 2nd temps, les médicaments suspectés ont été évalués par des tests de provocation, réalisés à l’aveugle et contrôlés versus placebo. Ce test était considéré comme positif uniquement en présence de symptômes significatifs au niveau de la peau ou d’un autre système.

Voici les principaux résultats qui ressortent de cette étude :

Auto-déclaration des EI liés aux médicaments

‐ 92 patients du groupe UCS et 30 du groupe contrôle
‐ Principaux médicaments impliqués : AINS, bêta-lactamines, plantes médicinales vendues sans ordonnance, autres
‐ 64 % des patients du groupe UCS identifient au moins 2 médicaments
à l’origine de ces EI
‐ Tous les patients rapportant des EI évitent le(s) médicament(s) suspecté(s)
‐ 45 % d’entre eux mettent en place des restrictions supplémentaires (médicaments non liés aux antécédents cliniques)
‐ Principales raisons à l’origine de ces évictions : conseils du médecin
(33 %), peur du patient (28 %)

Test de provocation et corrélation avec l’auto-déclaration

‐ Test de provocation positif
o 32 patients sur 245 (13 %) dans le groupe UCS, dont 28 pour les AINS (88 %)
o 1 patient sur 127 (0,7 %) dans le groupe contrôle
‐ EI les plus fréquents : cutanés (n = 27), respiratoires (n = 7)
‐ Meilleure corrélation entre auto-déclaration et test de provocation dans le groupe UCS (34,7 % vs 3,3 % dans le groupe contrôle)

 

Parmi les antécédents rapportés d’EI liés aux AINS (68 patients du groupe UCS et 10 patients du groupe contrôle), seuls 28 patients du groupe UCS (41,1 %) ont présenté un test de provocation positif. Un test de provocation positif aux bêta-lactamines a été retrouvé chez 6 patients du groupe UCS (42,8 %) et 1 patient du groupe contrôle (10 %). Concernant les plantes médicinales, aucun test de provocation ne s’est révélé positif.

Par ailleurs, l’analyse des facteurs susceptibles d’influencer les résultats a mis en évidence que l’atopie était plus fréquente chez les patients du groupe UCS avec un test de provocation positif, contrairement au groupe contrôle. Les autres facteurs, tels que l’âge du patient, le sexe ou encore l’âge d’apparition de la maladie, n’étaient statistiquement pas significatifs.

 

Ce qu’il faut retenir

Malgré la faible corrélation entre l’auto-déclaration du patient et les tests de provocation, les patients atteints d’UCS présentent une fréquence de réactions plus élevée que le groupe contrôle, non seulement pour les AINS mais aussi pour les bêta-lactamines. Notons également qu’à l’instar de travaux précédents, cette étude retrouve une prévalence élevée d’atopie chez les patients souffrant d’urticaire exacerbée par les médicaments. Si les raisons de cette association « atopie – urticaire – EI liés aux médicaments » restent à ce jour méconnues, il semblerait que chez certains patients, le développement de l’atopie partage les mécanismes associés au développement de l’hypersensibilité médicamenteuse. La synthèse des leucotriènes pourrait constituer une voie commune dans la mise en place de ces 2 processus.Des études complémentaires restent à mener afin d’améliorer la compréhension de l’ensemble des mécanismes impliqués.

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