Pr Alain DIDIER

Publication Commentée

Réactions d’hypersensibilité et tatouage au henné noir : aspects cliniques et immunologiques

Calogiuri G, Di Leo E, Butani L et al. Hypersensitivity reactions due to black henna tattoos and their components: are the clinical pictures related to the immune pathomechanism? Clin Mol Allergy 2017; 15: 8.

Voir l'article

Le contexte

Jolis, peu onéreux et surtout éphémères, les tatouages au henné séduisent de plus en plus de monde, notamment durant la période estivale. Mais s’ils s’estompent au fil des jours pour disparaître à la fin de la saison, ils peuvent aussi laisser des traces à plus long terme. 

Originaire des régions chaudes et humides de l’Afrique du nord, l’Asie du sud, l’Inde ou le Sri Lanka, le henné (Lawsonia inermis) est un arbuste ligneux de la famille des Lythracées pouvant atteindre jusqu’à 3 mètres de haut. Disponible sous forme de poudre verte obtenue à partir de feuilles séchées et broyées, le henné naturel donne un pigment brun-orange à la peau : c’est ce qu’on appelle le henné rouge. Pour rendre les tatouages plus foncés et plus durables, de la paraphénylènediamine (PPD) est ajoutée ; on parle alors de henné noir. Et ces dernières années, l’hypersensibilité à la PPD est devenue un véritable enjeu de santé publique à travers le monde. De nombreuses études ont en effet rapporté l’augmentation de la survenue de manifestations dermatologiques retardées ou immédiates suite à la réalisation de tatouages au henné noir. 

Cet article analyse donc les différentes formes cliniques liées à la sensibilisation à la PPD, afin de mettre en évidence d’éventuelles corrélations entre manifestations cliniques et type de réponse immunologique à la PPD.

Pr Alain DIDIER

Pneumologue Allergologue (CHU Toulouse)

Les données

En termes de réactions allergiques, le henné pur est faiblement allergisant, mais suite à l’ajout de PPD, la fréquence des réactions allergiques augmente. La PPD est notamment responsable de réactions allergiques professionnelles chez les photographes, les coiffeurs et les personnes manipulant des composants en caoutchouc. On distingue ainsi différents types de réactions d’hypersensibilité en fonction de leurs délais d’apparition ou de leurs aspects morphologiques.

Concernant les délais d’apparition, les 1ers signes de dermatite de contact allergique apparaissent en 1 à 3 jours chez les personnes déjà sensibilisées et en 4 à 14 jours chez les personnes sensibilisées par le tatouage. Des réactions peuvent également apparaître quelques heures après un tatouage et cela peut être dû à une sensibilisation préexistante à la PPD (exposition cachée à des composés à réaction croisée appartenant aux substances du groupe para-amino).

En ce qui concerne les aspects cliniques, on observe une plus grande hétérogénéité que lors des réactions allergiques de contact classiques. Ainsi, au-delà de l’urticaire, de l’angio-œdème de contact ou de la dermatite de contact eczémateuse, des cas d’éruptions lichénoïdes, de réactions lymphomatoïdes ou d’érythèmes polymorphes ont été décrits. 

Dans le cas de tableaux cliniques spécifiques, tels qu’une dermatite de contact de type urticaire ou angio-œdème, et bien que les symptômes évoquent une réaction médiée par les IgE, il s’agit en fait très probablement d’une réaction à médiation cellulaire car aucune IgE spécifique de la PPD n’a pu être mise en évidence à ce jour. Des études expérimentales menées chez des animaux ont mis en évidence que des lymphocytes T sécrétant des cytokines Th2 spécifiques à la PPD pouvaient être les cellules effectrices de la réponse. Les premières études in vitro menées chez l’homme suggèrent également un recrutement et une activation des clones Th2 en réponse à l’exposition à la PPD. Et comme des concentrations de PPD élevées sont présentes dans les tatouages au henné, il semblerait que la dermatite de contact à la PPD soit médiée par des clones Th2 spécifiques sécrétant l’interleukine (IL)-4, l’IL-5, l’IL-6, l’IL-8, l’IL-10 et l’IL-13.

Ce qu’il faut retenir

Dérivé de mots polynésiens signifiant « dessiner le corps », le tatouage a longtemps été synonyme de rite initiatique, signe d’identité ou marque protectrice pour de nombreux peuples. Aujourd’hui largement démocratisé à travers le monde, le tatouage permet de se démarquer par une démarche artistique. Cependant, ces aspects esthétiques ne doivent pas masquer les risques liés à cette pratique. La réalisation de tatouage au henné noir est en effet associée à une augmentation de réactions allergiques de contact de délai de survenue plus ou moins rapide après l’application, liées à la concentration en PPD, substance allergénique présente dans l’encre de tatouage et qui permet d’augmenter la couleur et la durée du dessin.

Les mécanismes immunologiques à l’origine de ces réactions allergiques de contact de délais variable dans leur apparition sont en cours d’exploration.

Voir d'autres publications commentées
fried bugs

cette Publication Commentée fait partie du

Dossier du moment

Nouvelles modes, nouveaux allergènes ?

Découvrez le dossier