Pr Frédéric DE BLAY

Publication Commentée

Potentiel allergénique des tomates cultivées en agriculture biologique versus agriculture conventionnelle

Słowianek M, Skorupa M, Hallmann E et al. Allergenic Potential of Tomatoes Cultivated in Organic and Conventional Systems. Plant Foods Hum Nutr 2016; 71(1): 35-41. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26590604

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Le contexte

La tomate, qui est un fruit largement consommé à travers le monde, est aujourd’hui reconnue pour sa teneur en micro-nutriments bénéfiques pour la santé. De nombreuses études ont en effet montré que la consommation régulière de tomates diminuait le risque de cancer de la prostate et de maladies cardiovasculaires, en raison de leurs taux élevés d’anti-oxydants permettant de lutter contre les radicaux libres (lycopène, β-carotène). Cependant, si sa consommation peut avoir des effets bénéfiques sur la santé, ce fruit peut également être à l’origine d’allergie.

Ces dernières années, la défiance de la population envers l’agriculture conventionnelle, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques ou d’engrais chimiques a profondément bouleversé les tendances de consommation. À ce titre, l’industrie agroalimentaire a fait face à une augmentation de la demande de produits issus de l’agriculture biologique. Dans ce type d’agriculture, les plantes sont en grande partie responsables de la lutte contre leurs propres maladies : elles synthétisent donc plus de composés comme des pesticides naturels ou des protéines de défense (Bet v 1 ou LTP), qui sont aujourd’hui connus pour être des allergènes communs.

L’objectif de cette étude est donc de déterminer si le système de culture (conventionnel ou biologique), l’année de culture et le génotype affectent le potentiel allergénique des tomates.

Pr Frédéric DE BLAY

Pneumo-allergologue (CHRU Strasbourg)

Les données

Cette étude a analysé la teneur en analogues de profiline, Bet v 1 et LTP de 5 variétés de tomates cultivées pendant les saisons 2007, 2008 et 2009 dans 3 exploitations conventionnelles et 3 exploitations biologiques. Les tomates ont été récoltées au même stade de maturité (rouge et mûr) et ont toutes suivi le même processus d’échantillonnage avant analyse par test ELISA.

La concentration la plus élevée en analogue de profiline a été retrouvée dans des tomates cultivées biologiquement en 2008, avec des valeurs comprises entre 404,6 ± 33,4 et 451,7 ± 42,8 AUg-1, tandis que les concentrations les plus faibles ont été retrouvées dans les plants cultivés de façon conventionnelle en 2009 (50,0 ± 22,2 AUg-1). Une analyse similaire a été menée pour analyser le contenu en analogues de Bet v 1 et LTP. Et dans la plupart des cas, les résultats ont mis en évidence que les tomates cultivées dans les exploitations biologiques contenaient des taux d’allergènes similaires voire plus élevés que les tomates cultivées conventionnellement.
L’analyse statistique révèle que la dépendance entre le contenu en allergènes et la variété de tomates est statistiquement significative dans le cas de Bet v 1 (p = 0,00049), LTP (p < 0,0001) et profiline (p < 0,0001). L’année de culture et les conditions météorologiques influencent le contenu des analogues Bet v 1 (p < 0,0001) et LTP (p < 0,0001). Seul le contenu en profiline révèle une dépendance à la méthode de culture (p = 0,0008) sur les 3 années d’étude : sa teneur est plus élevée dans les tomates biologiques.

En cas de réaction allergique, les manifestations cliniques les plus fréquemment observées sont des symptômes locaux au niveau de la muqueuse buccale. Des études d’allergénicité sur différentes variétés de tomates ont ainsi été menées chez des patients sensibilisés grâce à des prick-tests et des tests de provocation alimentaire en double aveugle versus placebo. Et les résultats ont confirmé le potentiel allergénique plus élevé des tomates cultivées dans les exploitations biologiques.

Ce qu’il faut retenir

La demande concernant les aliments issus de l’agriculture biologique ne cesse d’augmenter, notamment en raison de leurs effets bénéfiques pour la santé. Cependant, peu de travaux ont évalué le lien entre agriculture biologique et potentiel allergénique. Cette étude a ainsi analysé des échantillons de plusieurs variétés de tomates provenant de systèmes biologiques et conventionnels, pour déterminer si les tomates cultivées biologiquement pouvaient être recommandées chez les consommateurs souffrant d’allergies alimentaires. Des quantités substantielles d’allergènes ayant été trouvées chez certaines variétés de tomates, les tomates biologiques semblent offrir peu d’avantages par rapport aux plantes cultivées conventionnellement en termes de réduction du potentiel allergénique. D’autres études sont cependant nécessaires pour confirmer ce potentiel allergénique, évaluer la teneur en autres allergènes ainsi que l’allergénicité des produits dérivés de la tomate, afin d’améliorer la qualité de vie des patients.

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