Pr Philippe DEVILLIER

Publication Commentée

Patients asthmatiques : quels apports de l’acupuncture en complément d’une prise en charge pharmacologique ?

Jiang C, Jiang L, Qin Q. Conventional Treatments plus Acupuncture for Asthma in Adults and Adolescent: A Systematic Review and Meta-Analysis. Evid Based Complement Alternat Med 2019; 2019: 9580670.

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Le contexte

À l’heure actuelle, l’asthme est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes, touchant près de 360 millions de personnes dans le monde. Ces dernières années, la prévalence et le poids économique de cette maladie, notamment dans ses formes sévères, ont augmenté alors que la mortalité associée tend à diminuer. Malgré la disponibilité de recommandations de prise en charge régulièrement mises à jour et d’un éventail thérapeutique de plus en plus large, une majorité des patients asthmatiques a une mauvaise qualité de vie liée à un contrôle insuffisant des symptômes. Une observance insuffisante et un mauvais usage des dispositifs d’inhalation sont très souvent impliqués dans le contrôle insuffisant de l’asthme.

Pr Philippe DEVILLIER

Pharmacologue (Hôpital Foch Suresnes)

Nombre de patients se tournent vers des médecines alternatives et complémentaires, notamment l’acupuncture, dans l’espoir d’une amélioration de leur état de santé. L’acupuncture a été reconnue par l’OMS comme une option de prise en charge de l’asthme dès 1979 et a récemment été intégrée aux programmes de gestion de la maladie par les autorités de santé américaines. Cependant, la littérature à ce sujet est conflictuelle, le plus souvent de qualité discutable, et son efficacité dans le traitement de l’asthme reste largement à démontrer selon les critères de la médecine basée sur les preuves. La plupart des études randomisées (ECR) ont comparé l’acupuncture réelle et simulée dans la prise en charge de l’asthme. Une revue systématique récente associée à une méta-analyse a cherché à déterminer si l’acupuncture associée à un traitement médicamenteux classique apportait un bénéfice clinique supplémentaire.

Les données

Deux reviewers ont effectué, indépendamment, une recherche bibliographique dans de nombreuses bases de données telles que PubMed, EMBASE, la bibliothèque Cochrane ou encore Web of Science entre le 1er janvier 1990 et le 1er juin 2018. Sur les 1 242 études identifiées, seules 9 ont été intégrées dans l’analyse qualitative. Il s’agit d’études en majorité menées en Chine et toutes publiées par des auteurs asiatiques. Malgré cette sélection drastique, ces neuf études sont hétérogènes : trois concernent des traitements courts (jusqu’à deux semaines) lors d’exacerbations d’asthme, les six autres concernent le traitement de fond de l’asthme sur des durées allant de 12 jours à 12 semaines. De plus, la randomisation n’est pas toujours précisée et toutes ces études ont été conduites en ouvert (pas de double insu) ; l’insu n’a été respecté que pour les évaluateurs impliqués dans le recueil des critères de réponse aux traitements.

Parmi ces 9 études, 5 d’entre elles (trois lors d’exacerbations et deux comme traitement de fond) ont comparé les effets sur les symptômes dans les 2 groupes). L’analyse des résultats suggère un avantage de l’association acupuncture et traitements conventionnels par rapport aux traitements conventionnels seuls (OR = 7,87 ; p < 0,00001). Des analyses en sous-groupes ont également montré que ces effets bénéfiques étaient retrouvés aussi bien sur les exacerbations (OR = 6,40 ; p <0,0001) qu’en traitement de fond de la maladie asthmatique (OR = 10,33 ; p< 0,00001).

Pour ce qui concerne la fonction pulmonaire, cinq ECR (trois lors d’exacerbations et deux comme traitement de fond) ont permis d’évaluer l’évolution du VEMS. Les données poolées ne montrent aucune différence entre les 2 groupes de traitements (p = 0,19) et sont marquées par leur hétérogénéité. Cependant, les analyses en sous-groupes ont montré une amélioration du VEMS pour l’association acupuncture et traitements conventionnels uniquement lors des exacerbations (deux études, p = 0,03).

L’apport de l’association acupuncture et traitements conventionnels sur le rapport de Tiffeneau (VEMS/CVF) a, quant à lui, été examiné dans 4 études qui n’ont pas montré d’effets favorables de l’association par rapport aux traitements conventionnels seuls (p = 0,06). Cette absence d’amélioration a également été mise en évidence lors des analyses en sous-groupes même si le résultat est proche de la significativité statistique dans les deux études lors des exacerbations.

Curieusement, deux études rapportent des mesures des concentrations sanguines d’interleukine 6 (une interleukine pléïotrope impliquée dans la phase aiguë de l’inflammation). Les résultats de ces deux études vont dans le même sens et suggèrent que les concentrations sanguines d’interleukine-6 étaient significativement diminuées dans le groupe acupuncture et traitements conventionnels (p < 0,0001).

Ce qu’il faut retenir

Il s’agit de la 1re méta-analyse évaluant l’efficacité des traitements conventionnels associés à l’acupuncture par rapport aux traitements conventionnels seuls. Les études sélectionnées restent faibles du point de vue de la qualité méthodologique, sont de durée très variable et concernent des situations cliniques très différentes : le traitement des exacerbations ou le traitement de fond.

Si la fonction pulmonaire ne présente aucune amélioration, les résultats obtenus semblent en faveur d’effets bénéfiques de l’acupuncture en association avec les traitements conventionnels sur l’atténuation des symptômes, voire même sur un marqueur de l’inflammation systémique (interleukine 6).

Des études complémentaires sur de plus grands effectifs de patients et d’une qualité méthodologique plus robuste sont donc attendues avant de pouvoir conclure.

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