Pr Pascal DEMOLY

Publication Commentée

Identification d’un indicateur pour évaluer l’impact de l’environnement dans les maladies respiratoires allergiques

Schiavoni G, D’Amato G, Afferni C. The dangerous liaison between pollens and pollution in respiratory allergy. Ann Allergy Asthma Immunol 2017; 118(3): 269-275.

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Le contexte

Véritables enjeux de santé publique, de nombreuses maladies chroniques respiratoires non transmissibles, dont l’asthme et la rhinite allergique, sont aujourd’hui considérées comme des maladies évitables. À ce titre, de nombreux facteurs de risque ont été identifiés pour prévenir leur apparition, parmi lesquels le tabagisme, la pollution de l’air (extérieur et intérieur), l’exposition aux allergènes et le mode de vie. Et l’impact de ces facteurs de risque sur la morbi-mortalité des patients allergiques est élevé. Cependant, la place de la prévention et la mise en œuvre d’actions spécifiques sont encore sous-estimées par de nombreux gouvernements : 3% des dépenses de santé européennes sont actuellement investies dans des programmes de prévention, alors que le coût annuel du traitement de la rhinite peut atteindre 100 milliards d’euros.

Pr Pascal DEMOLY

Pneumologue Allergologue (CHU Montpellier)

Devant la nécessité d’améliorer les mesures de prévention, l’European Respiratory Society a lancé en 2011 une feuille de route dans le but de fournir aux professionnels de santé des recommandations sur les mesures les plus urgentes pour inverser la tendance croissante de ces maladies. Les principales mesures se basaient sur une diminution de la pollution en milieu urbain, une amélioration de la qualité de l’air intérieur et une meilleure gestion des changements climatiques.

Dans le cadre de l’amélioration de la prévention primaire, cette revue de la littérature se concentre sur l’association pollution et maladies allergiques respiratoires et propose une nouvelle approche pour transformer les données scientifiques en mesures opérationnelles permettant de modifier l’impact de ces maladies.

Les données

La pollution de l’air liée à la circulation en milieu urbain a des effets importants sur la santé respiratoire, en particulier chez les enfants, les personnes âgées et les personnes allergiques. L’ozone, le dioxyde nitrique et les particules de gaz d’échappement augmentent la perméabilité épithéliale et inhibent la fréquence des battements ciliaires, ce qui retarde l’élimination des allergènes et polluants inhalés. De plus, la pollution et les changements climatiques peuvent également avoir des effets indirects sur la santé, en modifiant les caractéristiques des pollens. Ainsi, l’élévation des températures et de la concentration en CO2 rendent certains pollens plus allergisants : il a été démontré que la quantité d’allergènes présents dans le pollen de bouleau augmentait avec la température. En complément, une étude a récemment mis en évidence que le nombre de grains de pollens n’était pas toujours lié à la prévalence des sensibilisations ou des symptômes respiratoires allergiques.

La mesure du potentiel allergisant du pollen semble être un paramètre important pour l’évaluation des risques liés à la pollution et aux changements climatiques. À ce titre, les auteurs de cette revue suggèrent donc de déterminer le contenu total en allergènes plutôt que le nombre de grains de pollen. En se basant sur des modèles précliniques de souris allergiques, ils proposent d’utiliser des paramètres immuno-pathologiques (score d’inflammation, IgE spécifiques, sécrétion de mucus) pour déterminer un score, le potentiel allergisant du pollen. Ce score pourrait permettre de visualiser l’augmentation de l’allergénicité d’un pollen pollué par rapport au pollen de référence, et ainsi aider à prédire l’augmentation de la prévalence et l’exacerbation des symptômes des maladies respiratoires allergiques.

Ce qu’il faut retenir

Il est désormais admis que la pollution et les changements climatiques agissent comme des facteurs de stress ou des signaux d’adaptation sur les plantes (allongement de la période pollinique, modification de l’expression de molécules aux propriétés allergisantes…). Et les données récentes de la littérature suggèrent de tenir compte à la fois des allergènes polliniques et des teneurs en polluants pour l’évaluation épidémiologique du rôle de l’environnement dans la survenue des maladies respiratoires allergiques. Dans cette optique, la mesure du potentiel allergisant du pollen pourrait permettre de surveiller l’efficacité des mesures destinées à modifier les menaces environnementales et les comportements d’adaptation en milieu urbain (remplacement des plantes à fort potentiel allergisant, coupe ou arrachage des plantes avant la floraison, limitation voire interdiction de la circulation automobile dans les zones sensibles (écoles, hôpitaux, jardins publics).

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