Pr Gilles DEVOUASSOUX

Publication Commentée

Asthme infantile et variabilité génétique : rôle protecteur du chat dans l’environnement familial

Stokholm J, Chawes BL, Vissing N, et al. Cat exposure in early life decreases asthma risk from the 17q21 high-risk variant. J Allergy Clin Immunol 2018; 141(5): 1598-1606.

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Le contexte

De nos jours, l’asthme est la maladie chronique la plus répandue chez les enfants et constitue la principale cause d’hospitalisation et d’absentéisme scolaire à travers le monde. D’un point de vue physiopathologique, l’asthme résulte d’un mécanisme complexe influencé à la fois par des facteurs génétiques et environnementaux, notamment pendant la petite enfance. À ce titre, l’exposition aux chiens et aux chats est une piste fréquemment étudiée, même si les informations obtenues pointent dans des directions différentes : certaines décrivent l’exposition comme un facteur de risque et d’autres la trouvent protectrice contre la maladie. Ces résultats tendent à suggérer que la constitution génétique de l’enfant peut être cruciale pour que ces expositions environnementales exercent leurs effets. La variation génétique du locus chromosomique 17q21 est le facteur de risque génétique le plus fort connu pour l’asthme infantile, et le génotype à haut risque détermine un phénotype d’asthme précoce avec des épisodes asthmatiques récurrents et des exacerbations sévères aiguës. Ainsi, dans une étude récemment publiée dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology, une équipe danoise a étudié les interactions gène-environnement entre l’exposition aux chiens et aux chats à la naissance, le variant génétique (SNP) rs7216389 sur le locus chromosomique 17q21 et le risque de développer un asthme durant les 12 premières années de vie.

Pr Gilles DEVOUASSOUX

Pneumologue (Hôpital de la Croix Rousse - Hospices Civils de Lyon)

Les données

Cette étude a été menée chez 377 enfants issus de la cohorte prospective de Copenhague sur l’asthme infantile (COPSEC2000) et nés de mères ayant des antécédents d’asthme. L’étude a analysé l’effet de l’exposition à un chien ou un chat après la naissance. Les niveaux d’allergènes de chien et de chat ont également été étudiés, ainsi que le nombre d’épisodes de pneumonie et de bronchiolite entre 0 et 3 ans. Les résultats sur le développement de l’asthme ont été répliqués chez 604 enfants de la cohorte COPSAC2010 non sélectionnée au cours des 5 premières années de vie. Dans ces analyses, les enfants ont été dichotomisés selon les allèles du SNP rs7216389 : génotype à risque (TT) ou génotype non à risque (CC/CT).

Les résultats de cette étude démontrent une interaction gène-environnement entre l’exposition à des chats après la naissance et le génotype 17q21. La présence de chat dans l’environnement familial a atténué le risque de développement d’un asthme au cours de 12 premières années de vie chez les enfants présentant un génotype à risque (HR = 0,19), mais n’a pas eu d’effet chez les enfants présentant un génotype à faible risque.

Les niveaux croissants d’allergènes de chat recueillis dans les habitations ont été associés à une protection accrue contre l’asthme chez les enfants à haut risque.

Les chercheurs n’ont trouvé aucun de ces effets protecteurs sur le risque d’asthme en présence d’un chien dans l’environnement familial.

Le génotype TT à risque d’asthme était également associé à un risque plus élevé de pneumonie et de bronchiolite, et ce risque était également diminué en cas d’exposition aux allergènes de chat. Cette étude n’a pas retrouvé d’association significative entre exposition à un chien et risque de pneumonie et bronchiolite.

Les études de réplication menées dans le cohorte COPSAC2010 ont abouti à des résultats similaires sur le risque d’asthme.

Ce qu’il faut retenir

L’interaction gène-environnement observée suggère un rôle de l’exposition aux chats durant les premières années de vie, pour atténuer le risque d’asthme infantile, de pneumonie et de bronchiolite chez les enfants génétiquement prédisposés.

Cette interaction gène-environnement s’ajoute à la littérature grandissante sur l’exposition aux animaux à la naissance et le risque d’asthme, et peut guider les futures mesures préventives chez les enfants avec le génotype 17q21 à haut risque.

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