Pr Frédéric DE BLAY

Publication Commentée

Allergie oculaire saisonnière et seuils polliniques

Prince A, et al. Seasonal ocular allergy and pollen counts. Curr Opin Allergy Clin Immunol 2018; 18(5): 387-92.

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Le contexte

Depuis plus de 150 ans, l’étude du rôle joué par les pollens dans la sensibilisation allergique des individus génétiquement prédisposés est l’un des piliers majeurs des mécanismes physiopathologiques de l’allergie.

De manière générale, pour les pollinoses, les grains de pollens sont utilisés comme un moyen de corréler les symptômes du patient à l’exposition d’un allergène. Cependant, la mise en évidence d’une relation dose-réponse entre l’exposition allergénique et la survenue de manifestations cliniques reste difficile, notamment dans le cas de la conjonctivite allergique.

Toutefois, les avancées scientifiques des dernières années ont permis une meilleure compréhension des réactions associées aux symptômes oculaires et de l’impact du changement climatique sur l’allergie saisonnière.

Cette revue a donc pour objectif de faire le point sur la sensibilisation aux pollens et l’allergie oculaire.

Pr Frédéric DE BLAY

Pneumo-allergologue (CHRU Strasbourg)

Les données

Le terme allergie oculaire englobe une grande variété de maladies qui se manifestent par des démangeaisons, des larmoiements et une conjonctivite. Les allergies oculaires induisent une double réponse, notamment des réactions de phase précoce dans l’heure qui suit le début de l’exposition et une phase tardive 3 à 12h après la réponse immédiate.

L’identification d’allergènes sensibilisants et cliniquement pertinents nécessite une corrélation entre concentration pollinique, sensibilisation et symptômes cliniques.

La sensibilisation vis-à-vis d’un pollen donné peut être modifiée par les variations de l’immunogénicité du pollen (production Isoallergènes), la géographie, la pollution particulaire et gazeuse, et la susceptibilité génétique individuelle.

La concentration en allergènes dans l’air n’est pas toujours corrélée à la quantité totale de pollens.

Des variations des seuils polliniques peuvent également s’observer au niveau géographique et celles-ci sont en partie expliquées par les changements climatiques. Ainsi, aux États-Unis, la saison pollinique de l’ambroisie s’est rallongée au cours des dernières décennies. En Europe, des études prédisent qu’en 2050, la quantité de pollens d’ambroisie sera environ 4 fois plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui ; les 2/3 de cette estimation étant attribués aux changements climatiques qui favorisent la dissémination de la plante dans des zones non-endémiques telles que l’Europe de l’Est.

Avec toutes ces variables en tête, la question se pose de savoir s’il est possible de déterminer un seuil pollinique cliniquement pertinent. De nombreuses études ont donc été menées pour analyser l’association de la rhinoconjonctivite à l’augmentation des taux de pollens dans l’air. Les résultats ont permis de mettre en évidence une courbe dose-réponse pour la survenue de symptômes oculaires pendant la saison pollinique du bouleau, qui était linéaire jusqu’à 70 grains/m3. Puis un point d’inflexion apparaissait et la courbe se poursuivait par un plateau. Un schéma similaire a été retrouvé pour les pollens de graminées, avec des symptômes apparaissant plus ou moins linéairement jusqu’à 90 grains/m3 avant un plateau.

Ce plateau semble suggérer que les récepteurs mis en jeu lors de la réaction en phase précoce saturent après avoir atteint un certain seuil pollinique atmosphérique. Ce qui est intéressant, c’est que cette courbe qui présente d’abord une pente puis un plateau est obtenue de la même façon dans les chambres d’exposition. Le seuil déclencheur significatif pour la conjonctivite que nous avons est de 1 ng de Bet v 1 ce qui correspond à 100 grains de pollens.

Ce qu’il faut retenir

L’analyse de la sensibilisation allergique aux pollens a permis de mettre en évidence une relation de corrélation entre susceptibilité génétique individuelle et exposition environnementale.

L’aspect de la courbe dose – réponse pour les symptômes, d’abord en pente puis qui atteint rapidement un plateau, est le même pour les tests cutanés pour les acariens et le chat montrant bien ce lien entre la sensibilisation et les symptômes.

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