Pr Pascal DEMOLY

Publication Commentée

Allergie au cannabis : ce que le clinicien doit savoir aujourd’hui

Decuyper I et al. Cannabis allergy: what the clinician needs to know in 2019. Expert Review of Clinical Immunology 2019; 15(6):599-606.

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Le contexte

Ces dernières années, la légalisation du cannabis fait débat dans de nombreux pays. Il est déjà autorisé ou dépénalisé pour des usages médicaux et/ou récréatifs dans certains états comme le Canada, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal ou encore certains états des USA.

Au-delà des usages récréatifs, de nouvelles pratiques émergent avec l’éveil des consciences écologiques et le retour souhaité à une nourriture saine. Ainsi, il a été constaté une augmentation globale de la consommation de produits cannabinoïdes sous leurs différentes formes (huiles, graines, feuilles…). Par effet mécanique, les professionnels de santé sont confrontés à un accroissement de nombre de cas d’allergies au cannabis, qui entraînent souvent des réactions croisées avec des fruits ou légumes notamment. Les manifestations allergiques peuvent être localisées ou généralisées, avec des conséquences parfois graves sur la santé du patient et un réel impact sur sa qualité de vie.

Pr Pascal DEMOLY

Pneumologue Allergologue (CHU Montpellier)

Les données

Les allergies au cannabis sont souvent observées lorsque celui-ci est fumé mais parfois également en cas de contact cutané, d’ingestion ou d’inhalation de pollen par exemple. Les symptômes qui en résultent ne sont pas limités à la voie d’exposition mais peuvent être variés, généralisés et d’apparition souvent rapide (20 à 30 min).

types d'exposition

La prévalence de l’allergie au cannabis semble faible avec 0,3 % de cas observés (symptômes + test positif) mais l’extrapolation des résultats doit être nuancée par le manque de données sur le sujet.

Les symptômes liés à la consommation de cannabis ne sont pas nécessairement de nature allergique, le simple fait de fumer, d’autant plus sans filtre, induisant une hypersensibilité bronchique non spécifique ainsi que d’autres symptômes respiratoires identiques à la consommation de tabac.

De même, l’allergie observée peut être imputable à d’autres facteurs qu’à la nature de la plante en elle-même : la présence de champignons ou de résidus de pesticides par exemple peuvent induire des irritabilités non spécifiques.

Il est fréquent que l’allergie au cannabis soit associée à des réactions allergiques à d’autres produits, souvent alimentaires comme les noisettes, noix, cacahuètes, maïs, pêches, nectarines, cerises, kiwis, avocats, pommes, vins, bières, tomates, bananes. Des réactions au latex ou au tabac sont également possibles. Les allergies croisées sont fréquentes et particulièrement décrites dans la population méditerranéenne, où la pêche est un fruit répandu, celle-ci engendrant des allergies souvent croisées à d’autres plantes1. La plupart de ces allergies croisées résultent d’une réaction à une protéine de transfert lipidique (LTP) non spécifique présente dans la plupart des végétaux avec des structures moléculaires très proches (‘Can s 3’ dans le cannabis, ‘Pru p 3’ dans la pêche, ‘Mal d 3’ dans la pomme…).

Aujourd’hui, la protéomique joue donc un rôle important dans le diagnostic allergique. La recherche du diagnostic commence classiquement par un interrogatoire clinique poussé mais ne peut pas être complété par un test de provocation, le cannabis restant illégal dans la majorité des pays et l’interprétation des résultats étant trop incertaine. Par conséquent, il est conseillé de procéder à des tests in vitro sur échantillons sanguins avec, dans un premier temps, une recherche d’allergène non spécifique à base d’extraits crus de plante. Ces tests sont d’une grande sensibilité mais sont peu spécifiques c’est pourquoi la recherche diagnostique se poursuit généralement, en cas de positivité, par la recherche d’une réactivité spécifique à la protéine ‘Can s 3’, qui est l’allergène le plus important (mais probablement pas le seul) du cannabis.

Ce qu’il faut retenir

Avec les changements de pratiques et de législations, la consommation de cannabis est en plein essor, engendrant une forte augmentation des cas d’allergie au cannabis. Celle-ci peut prendre des formes variées, allant de la rhinite transitoire à l’anaphylaxie mettant parfois en jeu la vie du patient. Les symptômes peuvent apparaître quel que soit le mode d’exposition : sous forme fumée, inhalée, ingérée ou par simple contact, même indirect ou passif. Cette allergie est connue dans le cadre récréatif mais n’oublions pas les cas d’exposition professionnelle (culture, police antistupéfiants…).

Le diagnostic à base d’extraits crus de plante est d’une grande sensibilité mais est peu spécifique à l’inverse du diagnostic basé sur la protéine ‘Can s 3’, LTP contenue dans le Cannabis (Cannabis sativa), qui est hautement spécifique et affine le diagnostic.

 

Références

  1. Ben M’rad S et al. L’allergie alimentaire à la pêche. Rev fr allergol immunol clin 2005; 45:385-8.

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