Pr Alain DIDIER

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Allergie et fêtes de fin d’année

danish home at christmas with traditional decorations and tree

Parole d’Expert

Mon beau sapin…

« Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver, qui s’en va sifflant soufflant dans les grands sapins verts… » À l’approche des fêtes de fin d’année, tout le monde a déjà fredonné cette chanson pour se mettre dans l’ambiance ! Mais si pour beaucoup d’entre nous Noël est synonyme d’excitation et de fête, pour certaines personnes cette période de l’année revêt un tout autre aspect…

Pour les personnes souffrant d’allergies alimentaires, le repas de Noël peut se transformer en véritable casse-tête. En effet, le menu incluant traditionnellement de nombreux allergènes reconnus (œufs, lait, crustacés, chocolat et fruits à coques), il est nécessaire de prendre certaines précautions  pour ne pas finir le repas aux urgences. Mais un autre type d’allergie moins connue peut également venir gâcher la fête…

Artificiel, naturel, en pot, coupé, Nordmann, Épicéa… quand vient le moment de choisir un sapin de Noël, nous avons l’embarras du choix. Et si les 1ers sapins ont fait leur apparition dans nos foyers au xvie siècle1, ce n’est qu’à la fin des années 1920 que la communauté scientifique a découvert les répercussions de cette tradition sur notre santé2. Depuis, les allergologues ont mis en évidence des pics de consultation pendant la période des fêtes et définit un syndrome saisonnier lié au sapin de Noël naturel2. Les personnes touchées par ce syndrome présentent les mêmes signes cliniques que ceux provoqués par des allergies respiratoires, à savoir toux, essoufflement, obstruction nasale, rhinorrhée… La majorité des patients développent leur maladie dans les 24 heures suivant l’installation du conifère au foyer, mais dans certains cas, les symptômes peuvent apparaître plusieurs jours après2. Ces symptômes pourraient résulter de l’inhalation de substances présentes sur le sapin, de la sensibilité aux pollens, à la poussière des décorations ou aux moisissures2.
Les sapins poussent dans des milieux humides, qui favorisent l’apparition de champignons. Installés bien au chaud dans les maisons, ces moisissures se retrouvent alors dans des conditions idéales pour se développer et proliférer. Une étude publiée en 2011 a analysé 28 échantillons de sapins de Noël et mis en évidence la présence de 53 différents types de champignons3. Des analyses complémentaires ont révélé une altération de la qualité de l’air intérieur en présence d’un arbre de Noël. Cette altération a été caractérisée par une élévation de la concentration en spores de moisissures. Lors de l’installation de l’arbre de Noël, le nombre de spores était évalué à 800/m3 ; l’environnement chaud et douillet de la maison agissant comme un facteur favorisant, les spores se sont multipliées pour atteindre une concentration de 5 000/m3 au bout de 2 semaines3.
Mais les désagréments respiratoires ne sont pas les seules manifestations allergiques liées au sapin de Noël. Des symptômes cutanés liés à la colophane, une substance naturelle collante présente dans les arbres résineux, peuvent également apparaître. Ainsi, une équipe danoise a récemment rapporté le cas d’une patiente ayant présenté une dermatite après l’installation d’un sapin de Noël. La patiente avait passé plus d’une heure à décorer le sapin, sans porter de gants. Le jour suivant, une dermatite s’est progressivement développée sur ses mains et ses avant-bras, puis l’éruption s’est rapidement étendue au cou et au visage. Quatre lignes de traitement ont été mises en place avant d’obtenir une résolution complète des symptômes4.

De nos jours, le sapin fait incontestablement partie de la magie de Noël. Sa décoration est d’ailleurs un moment de partage familial auquel petits et grands prennent part ensemble. Cependant, cette star de la décoration peut être à l’origine de réactions allergiques. Quelques précautions s’imposent, telles que minimiser l’exposition en ne gardant le sapin que quelques jours ou porter des gants pour le décorer, afin de pouvoir apprécier cette période de fêtes en toute sérénité.

Car Noël sans sapin, ce n’est pas vraiment Noël !

 

Documents et liens utiles

  1. History of Christmas Trees. Disponible sur https://www.history.com/topics/christmas/history-of-christmas-trees 
  2. Wyse D, Malloch D. Christmas tree allergy: mould and pollen studies. Can Med Assoc J 1970; 103(12): 1272-6. Disponible sur https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/5485790
  3. Kurlandsky LE, Przepiora J, Riddell SW, Kiska DL. Identification of mold on seasonal indoor coniferous trees. Ann Allergy Asthma Immunol 2011; 106(6): 543-4. Disponible sur https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21624760
  4. Gether L, Gyldenløve M, Thyssen JP. Christmas tree dermatitis caused by colophonium allergy. Contact Dermatitis 2017; 77(6): 412-4. Disponible sur https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29164686

Pr Alain DIDIER

Pneumologue Allergologue (CHU Toulouse)

 

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